

À la fois film d’époque, situé en 1985, et comédie sur l’adolescence, Juste une illusion déroule quelques passages obligés, mais trouve le ton juste entre mélancolie et drôlerie.
Duo gagnant de la comédie à la française, de Nos jours heureux au Sens de la fête, en passant par Intouchables, Olivier Nakache et Éric Toledano, après le ratage de leur dernier opus sur la décroissance, Une année difficile, reviennent au matériau autobiographique de leurs débuts. Soit Vincent, bientôt 13 ans en 1985 – sorte de mélange de Nakache né en 1973 et de Toledano né en 1971- vivant au sein d’une famille foldingue originaire d’Afrique du Nord, dans une HLM de la banlieue parisienne, coincé entre des parents en bisbille et un grand frère adepte de The Cure dont il partage la chambre.
Vincent (Simon Boublil, épatant) prépare sa bar-mitzvah, se pose des questions sur la vie et la mort et sur le fait d’être juif ET arabe. Avec ses copains, il cherche une technique pour dérober des films porno au vidéoclub du quartier, et découvre l’amour et le mensonge. Baigné d’une musique d’époque qui va du tube Just an Illusion (du groupe électro-pop Imagination) à celui de Téléphone, qui donne son titre au film, en passant par les Pointer Sisters et I’m so excited, le film déroule quelques passages obligés. Disputes, apparition nimbée de lumière d’une gamine frappant le cœur de Vincent, copains lourdauds mais sympathiques. Et, bien sûr, chorégraphie débridée au milieu du salon que Camille Cottin (la mère) puis Louis Garrel (le père) relèvent avec un certain panache. Tout cela vous prodigue un air de déjà-vu qui peut agacer. Ou bien, au contraire, réconforter. Car ce balisage a le don de ne rien bousculer de l’idée, du souvenir, de l’illusion ou de la sensation que nous avons toutes et tous de la pré-adolescence. On s’y reconnaît forcément.
Malgré quelques longueurs, le film installe bien la nostalgie tout en jouant la carte de la comédie, parfois jusqu’à l’outrance. L’aspect film d’époque fonctionne à plein régime avec des enseignes de magasins aujourd’hui disparus corps et bien (qui se souvient des Coop !?), les vêtements épaulés des dames et les polos des messieurs, et une atmosphère générale rendue dans ses grandes lignes. Avec le chômage qui rôde, un frémissement dans l’inversement des rôles de l’homme et de la femme dans le cadre du foyer (les gants Mapa vont très bien à Louis Garrel !), le désir d’émancipation des femmes par le travail.
Et le sentiment qu’avant l’ère des nouvelles technologies (la scène d’ouverture avec le fil du téléphone ne fait qu’accentuer cette disparité à venir ; l’ordinateur préhistorique également), ce monde d’hier nous apparaît à la fois désuet et charmant.
Isabelle Danel
